Les différentes alliances du processus thérapeutique

ParCyrille Bertrand

Les différentes alliances du processus thérapeutique

Après avoir abordé les différents espaces de la thérapie dans l’article du mois de mars «Qu’est-ce que la psychothérapie ?», je vous propose ce mois-ci un éclairage sur les différentes alliances à respecter dans le processus thérapeutique.


Quelles sont les alliances du processus thérapeutique ?

De nombreux auteurs se sont intéressés à l’Alliance Thérapeutique, sa nécessité pour créer des avancées dans le chemin thérapeutique mais aussi les incidences négatives dans le processus de guérison lors des ruptures de celle-ci notamment dans la prise en charge des personnes ayant un fonctionnement « états limites ».

Ces interrogations remontent à Freud, et c’est encore valide aujourd’hui pour essayer de déterminer les approches les plus probantes. Certains parlent d’alliance de travail, d’autres d’alliance thérapeutique avec différents stades à traverser, c’est donc une préoccupation importante quelque soit l’approche thérapeutique. Après plusieurs lectures et tenant compte de notre approche dynamique et relationnelle, je vais vous proposer notre modèle inspiré, entre autres, des 4 stades de Gunderson (qui est décédé en janvier dernier à l’âge de 76 ans, professeur émérite de Harward).

photo de John G. Gunderson, présente sur l'article consacré aux alliances du processus thérapeutique, écrit par Cyrille Bertrand  (directeur de Neuro Gestalt Institut))

Le modèle des différentes alliances enseignées à NGI :

L’alliance de contrat :

durant les 3 premiers mois (environ 12 séances), est la période où le thérapeute met en place son dossier clinique et « évalue » son client avec la question centrale « qui est en face de moi ? » Troubles de la personnalité ? Quel type d’organisation, névrotique, limite ? Crise développementale de l’âge adulte ? C’est le moment de la formulation du travail stipulé dans le contrat d’accompagnement lié à la demande du client ! (cf formation psychopathologie)

Au sein de NGI, nous proposons le contrat de « consentement éclairé » à établir avec le client en début du processus thérapeutique. Ceci est un premier engagement sur ce que nous allons faire ensemble dans le cadre d’une psychothérapie du lien !

L’alliance de travail :

s’établit dans les 8 premiers mois, c’est la période où se construit l’attachement entre le client et son thérapeute. La relation est testée pour vérifier la solidité du thérapeute pour restaurer la confiance épistémique. La période d’attachement réveille des angoisses profondes, notamment chez les « états limites ». Cette période « test » n’est pas propice à des tentatives de réparations de la part du thérapeute, au risque de mettre en péril la relation naissante où les impasses relationnelles sont très présentes.

L’alliance thérapeutique :

se stabilise entre 18 et 24 mois, après les premiers contacts (alliance de contrat), la relation naissante (alliance de travail) c’est l’émergence du lien entre le client et le thérapeute qui permet aux clients de regarder des zones plus complexes en conscience. Celui-ci tolère mieux également les aléas du lien à la fois dans ce qu’il y a d’indispensable et d’intolérable en référence à son histoire développementale et qui se rejoue avec le thérapeute.

De mon point de vue, ce temps est incompressible pour la mise en place d’une intimité nécessaire à la Relation Thérapeutique Optimale. Cette période va permette au thérapisé d’éprouver l’intégrité de son thérapeute dans son approche.

L’alliance de clôture ou de consolidation :

après 3 ans, est une séquence importante ! L’évocation de l’arrêt peut faire resurgir un certain nombre de Gestalt inachevées dans le processus de la thérapie ou dans l’histoire du client. Il est possible d’aborder la différence entre rupture et séparation qui elle permet l’individuation. En tant que superviseur, je constate trop souvent, des clôtures de thérapie en 3 séances… Ces 3 séances posées dans le protocole sont faute de mieux en termes de clôture, car il est important de consolider la relation thérapeutique avec une mise en mots de ce qui a été intériorisé.

Voilà pour ces différentes phases abordées brièvement qui je l’espère vont vous aider à clarifier ces étapes clés pour qu’il y ait changement et « transformation » dans l’accompagnement de vos clients.

Ne pas brûler ces étapes même si les clients souhaiteraient que cela aille plus vite !

Et n’oublions pas que la cure psychothérapeutique n’est pas un traitement dans l’urgence quand bien même nous recevons des personnes en détresse psycho-affective.


> Formations en liens avec cet article : 

INTRODUCTION PGRO / CYCLE INTENSIF / PSYCHOPATHOLOGIE


À propos de l’auteur

Cyrille Bertrand editor

Fondateur et Directeur pédagogique de NGI

8 commentaires pour l’instant

NausicaaPublié le2:16 - Mai 3, 2019

Merci pour ce partage, très clair et didactique sur les étapes précieuses d’une bonne relation thérapeutique. Au plaisir Cyrille.

    Cyrille BertrandPublié le3:29 - Mai 4, 2019

    Merci Naussicaa pour ton commentaire! Au plaisir

      MinaPublié le10:44 - Nov 8, 2020

      Comment l’alliance thérapeutique est une variable essentiel dans la relation patients et thérapeute ?

        Cyrille BertrandPublié le6:09 - Nov 10, 2020

        Bonjour Nina,
        C’est le thérapeute qui devient une variable essentielle à travers l’alliance thérapeutique qu’il va être capable de créer avec le patient/client. Il est important de tenir compte des différentes étapes pour éviter des ruptures de l’alliance.
        Cordialement
        Cyrille

Alain MercierPublié le2:55 - Mai 4, 2019

Belle synthèse.

Goblet LydiaPublié le12:23 - Mai 5, 2019

Bonjour Cyrille, j’aime la nuance que tu apportes en utilisant le verbe « stabiliser » dans le paragraphe de l’alliance thérapeutique. Je trouve que l’alliance thérapeutique se met en place tout au long du chemin (du début à la fin) avec une intensité variable. D’où je me dis que la troisième étape pourrait s’appeler l’alliance de la relation (par ex.) plutôt que thérapeutique.
Je me pose la question quant à la durée des étapes. En fonction de la nature, histoire … de chaque individu, le processus ne peut-il être différent ? Une « évolution » plus rapide (et pourquoi pas plus lente) pourrait-elle cacher des IP ou autres ? Le rythme est-il un indicateur pour nous de vérifier la « justesse » du processus thérapeutique ? Belle soirée. À bientôt,

    Cyrille BertrandPublié le5:28 - Mai 8, 2019

    Bonjour Lydia! Merci pour tes retours!
    Effectivement l’alliance se construit sur l’ensemble de l’accompagnement! L’importance de garder thérapeutique est le fait de donner une dimension de soin et pas simplement de relation. Notamment pour la question autour de la réparation. Les évolutions sont effectivement variables en fonction des personnes, cela correspondant à des études faites sur un grand nombre et donne une moyenne.Nous pourrons échanger plus en avant lors du prochain séminaire théorico-clinique! Bien à toi

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